De l’océan au désert

DodgeL’asphalte brûlant défile à toute allure sous nos roues. Un soleil de plomb fait chauffer toute la carlingue du véhicule m’obligeant à garder un oeil attentif sur la température du moteur. Cela fait quatre heures que nous roulons, non stop, à travers le désert de sable rouge. Seuls les goannas, les geckos et les chèvres sont suffisamment cinglés pour être dehors à cette heure. Il fait quarante-cinq degrés et le taux d’humidité dans l’air doit être inférieur à cinq pourcent. La sueur qui s’écoule de nous en continue sèche en direct, nos corps se déshydratent à vive allure nous forçant à consommer six litres d’eau en un après-midi. Si les choses devaient être parfaites, nous serions au volant d’une dodge challenger de 1970 avec un V8 Hemi 426, option la plus puissante du modèle de cette année, à boite manuelle. Si les choses étaient comme dans un film, Zoé et moi serions un couple de bandits venant de dévaliser une banque, le coffre plein de petits sacs en toile avec un symbole dollar imprimé dessus, fuyant vers le désert. Peut être pourchassés par quelques flics hargneux au volant d’une Ford Falcon XB coupé et s’en suivrait une scène de duel dantesque dans ce paysage infernal. Nous utiliserions chacun la moindre ressource de nos puissantes machines mécaniques, mais à la fin ce serait nos capacités pures de pilote qui nous différencieraient. Je ferais un demi-tour virulent au frein à main sur la route alors qu’il aurait avancé le nez de son véhicule au plus proche de mon aile arrière droite. Ma challenger partirait en tourbillon sur l’axe de ses roues avant – eh oui, la challenger est pourvu d’un moteur à propulsion – et nous virevolterions autour d’eux avant de repartir dans l’autre sens. Zoé leur ferait un petit coucou et un sourire espiègle par la fenêtre – évidement nous n’avons pas d’arme, alors pas de coups de feux – lors de notre pirouette. Et le temps qu’ils comprennent qu’ils doivent exécuter la même manoeuvre nous aurions gagné de la distance sur eux. Bien sur toute fuite directe serait impossible et le but de cet effet de pilotage n’aurait pas été là. Ils l’auraient compris. Nous mettrions seulement un kilomètre de distance entre nous avant d’exécuter un nouveau demi-tour et de leur faire face. A cet instant, ils stopperaient net leur véhicule et avec les yeux du faucon nous nous regarderions les uns les autres.
Aaahh!!! Pardonnez-moi cette longue rêverie mais voyez-vous, quand on conduit plus de quatre milles kilomètres en trois semaines au volant d’un pauvre Toyota Tarago – boite automatique – se trainant péniblement comme un veau à quatre vingt kilomètres/heures, on laisse son esprit divaguer un peu. L’Australie a toujours été pour moi le synonyme de Road Movie. Vanishing Point de 1970, Mad Max ou encore Gone in 60 Secondes – l’original, pas la daube avec Nicolas Cage – tous ces films tournés dans les paysages
désolés australiens ont eu un profond impact sur ma jeunesse et mon amour de certaines mécaniques.

De notre côté, nous avons continué la route en direction de la Great Ocean Road, deux cent cinquante kilomètres d’asphalte longeant la mer au sud après Melbourne. Notre premier arrêt fut au campsite de Big Hill à quelques minutes de Lorne. Un coin reculé dans la forêt où les petites créatures australiennes étaient supposées y être nombreuses. Nous avons dîné tardivement sur la plage et avons dû faire route de nuit vers ce point. Il faut savoir une chose avec la conduite en Australie, ne jamais faire de route de nuit! On – touristes loueurs de véhicules – n’est plus assurés à partir du moment où on le fait, donc le moindre truc qui arrive est pour notre pomme. Les kangourous, koalas et wombats sont des créatures nocturnes et une de leur passion est de venir se chauffer les patounes sur le bitume encore chaud des routes. Alors, tandis que la nuit tombait et que nous nous rendions vers le seul campsite du coin… On ne faisait pas les malins. On avait réduit notre allure au maximum et ouvert nos deux paires d’yeux au plus grand. Soudain sur la route, deux petits kangourous surgirent à quelques mètres devant nous. Prêts à cette rencontre, nous n’eûmes aucun mal à nous arrêter. Ils nous toisèrent du regard un instant. Nous étions tout proche d’eux. Ils repartirent finalement brouter dans les hautes herbes et on reprit notre route. Chaque fois que nous avons dû conduire sur la fin de journée nous avons vu cette faune active qui nous semble encore maintenant des plus exotiques. C’est un fait. En Australie on voit des kangourous et autres. Quand on arrive on pose la question à tout le monde et on ne les croit pas forcément quand ils nous disent de ne pas nous en faire, qu’ils viendront forcément à nous. Mais voilà, je vous le dis : C’est vrai! Ils sont là, partout. Il faudrait être aveugle pour les manquer.

La journée suivante nous avons débuté notre itinéraire sur la Great Ocean Road avec des touristes venus voir – comme nous – les gros cailloux du coin et les amoureux de bagnoles qui sortaient leurs Porsche, Ferrari et autres Lamborghini pour s’amuser dans les virages et montées/descentes perpétuelles de cette route – ou pour frimer. Nous avons croisé des paysages naturels magnifiques bordés par une eau d’un bleu azur et nous avons même croisé…
– Euh Zoé, comment c’est le mot français pour les restes de bateau sur la plage?
– Une épave (sourire)
– Oui, c’est ça… Une épave.
L’épave, donc, du W.B. Godfrey est un navire qui en 1891 faisait route depuis San Francisco pour Melbourne. Arrivant à proximité des cotes, il se trouva aveuglé à cause de la fumée d’un immense feu de foret et fit naufrage sur les rochers. Tous parvinrent à gagner le rivage sain et sauf. Seulement si les corps étaient « saufs », les biens eux étaient prisonniers de l’épave. Aussi une première opération de sauvetage fut mise en place afin de venir récupérer la précieuse cargaison. La complexité des courants fit que ce bateau se naufragea à son tour entrainant la mort d’un des hommes d’équipage. Une seconde opération vit le jour et cette fois-ci entraina la mort de deux hommes. Par la suite, le capitain du W.B. Godfrey et le propriétaire de la marchandise assemblèrent un dernier équipage dans le but de faire une troisième tentative et trouvèrent la mort dans cette ultime opération. Ainsi le navire qui n’avait fait aucun mort, ni blessé dans son naufrage entraina rétrospectivement la mort de cinq hommes dont deux présents lors du premier naufrage. Je me suis surpris a avoir beaucoup d’empathie pour cette histoire que je trouve tristement très humaine. Il en ressort une morale élémentaire sur nos comportements. Aujourd’hui les restes visibles de l’épave ne sont plus très impressionnants à voir. On n’y devine pas vraiment le galion qui fut. Seul reste l’histoire de ces bouts de bois flottés.

Animals
Le soir venu, nous décidâmes de trouver refuge avec notre campervan sur un terrain de camping qui serait équipé de douches afin de pouvoir se laver correctement et à l’eau chaude. Zoé était partie prendre sa douche alors que je finissais de garer notre véhicule et allai l’attendre à une table située à la sortie du bloc sanitaire. Arriva près de moi un homme brun d’une quarantaine d’années du nom de Brent. J’ignore encore pourquoi il a choisi de m’adresser la parole, mais suis heureux qu’il ait décidé de le faire.
– Viens avec moi, m’a-t-il dit, il y a près d’une centaine de kangourous juste à coté.
Je me retrouvais soudain au beau milieu d’un champ cerné de kangourous bondissant, broutant et se gratouillant dans tous les coins. D’un oeil je les observai alors que de l’autre je guettai la sortie de Zoé afin de la faire nous rejoindre et partager ce moment un peu magique. Après cinq bonnes minutes, je la vis sortir et regarder dans tous les sens pour me chercher. Je criai pour l’appeler, mais j’étais trop loin. Je dis à Brent que je revenais et fonça en direction de Zoé qui regagnait le van. Arrivé à son niveau, je lui dis «Cours!». Nous courûmes vers le van, je balançai ses affaires de douche à l’intérieur, attrapai les appareils photos et la pris par la main pour l’entrainer vers le champ. On stoppa notre course à son approche et rejoignîmes Brent. Il était au milieu du troupeau – je ne sais pas si c’est le mot correct pour les kangourous – et nous fit signe de le rejoindre. On partagea tous les trois ce petit spectacle qui s’offrait à nous. Si pour moi l’Australie me fait penser aux Road Movies, pour Zoé l’Australie, c’est les bestiaux. Et ce soir là nous eûmes notre compte. Après une bonne demi heure avec la troupe bondissante, on regagna notre van pour le dîner et plus tard encore nous rejoignîmes Brent et sa compagne pour partager nos photos. On resta assis à discuter jusqu’à la nuit. Ou là, nouvelle surprise, le campsite étant relativement peu peuplé ce soir là, les kangourous se sentirent suffisamment confiants pour venir brouter la pelouse autour des véhicules. Nous nous endormîmes donc entourés par ces petites bestioles sur ressort, Zoé ponctuant leur déplacement de mignons petits «Boing! Boing!» avec ses yeux pétillants d’émerveillement.
La journée du lendemain devait marquer la fin de la Great Ocean Road, deux cent cinquante kilomètres de points de vues, c’est au final vite passé. Mais les meilleures étaient pour la fin avec les douze apôtres – qui ne sont plus que neuf, vu que certains sont tombés – le pont de Londres, la crique du tonnerre et encore d’autres aux noms évocateurs. En marchant sur le premier site de la journée nous avons croisé la route d’un couple de vieux Français. Il faut admettre une chose, le français sait, comme personne d’autre au monde, râler. C’est un truc d’ordre national. Et ça sur n’importe quel sujet. On râle quand
il fait froid, chaud, sec ou lorsqu’il pleut. On râle lorsque la nourriture ne va pas, parce qu’on ne fait pas comme ça, parce que les gens ne savent pas conduire. On a même écrit des chansons dans lesquelles on râle sur tout.
Elle disait :
– Moi! Je dis que quand tu fais une photo d’un beau paysage. Tu n’as pas besoin de venir coller ta grosse tête devant!
Et lui :
– Et moi! Je dis que tu peux très bien faire les deux. Une avec! Et l’autre, sans!
Ah! Ben moi, je les ai bien aimé ces deux là, pendant les quelques secondes où on les a croisé. On s’est senti comme à la maison avec ce petit couple de ralouilloux. Il faut toujours râler à propos des trucs pas important parce que dans le doute, ça pourrait le devenir.
C’est aussi sur ces sites que nous avons fait notre chassé croisé avec David et Laura. Je suis sur que vous voyez de quoi il s’agit. On arrive à un premier endroit où on remarque des personnes qui parlent la même langue. On fait d’abord mine de rien et puis on se retrouve dans un autre endroit sur la route – parce que tout le monde s’arrête dans les mêmes coins – et là on se fait un sourire parce qu’on s’est reconnu. Au troisième, on fait un genre de blague nulle du style «On va finir par croire que vous nous suivez». Et puis avant la fin de la journée on va boire une bière tous ensemble. Si Zoé et moi avons choisi de voir ce qu’on pouvait du monde en une année, eux avait choisi de ne se consacrer qu’à l’Australie dont ils avaient prévu de faire tout le tour. Ils avaient donc décidé d’acheter un bon 4X4 et de le rendre habitable par eux-mêmes. Je dois avouer que le résultat a de la gueule. Notre petit Tarago faisait pale figure à coté de leur machine. Ils devaient continuer la route vers Adelaide et nous, piquer vers le nord en direction du désert et de Broken Hill.

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Aussi laissez moi vous conter maintenant l’épopée du désert. Une histoire faite de route de trois cent kilomètres sans un seul virage, ni le moindre signe de civilisation humaine. Au fur et à mesure que nous remontions la route vers Broken Hill, les Français, Allemands et les Américains qui étaient légions se firent de plus en plus rares jusqu’à disparaitre totalement à nos oreilles. Nous nous retrouvions soudain avec les australiens des terres, dont certains n’ont même jamais vu la mer, et se faisant de plus en plus de descendants des aborigènes. Bien que je doive admettre que nous n’ayons traversé qu’une seule ville où ils représentaient cent pourcent de la population et que je pense qu’ils en existent beaucoup d’autres et sûrement des endroits plus représentatifs que Wilcannia.
Alors que nous remontions, l’air frais de la mer fut remplacé par un vent aride et une chaleur sèche et suffocante. Le premier jour où le mercure atteint quarante deux degrés, nous dûmes arrêter de conduire pour nous réfugier dans les endroits frais et ombragés d’une ville. Bon moment pour faire un peu de lessive. Et c’est ainsi qu’on dû établir une stratégie de déplacement rythmée par notre nouvel environnement. La discussion avec le patron du bar à milkshake d’Horsham nous permis de comprendre le cycle de la courbe des températures sur une journée. Aussi nous pensions au départ que, comme dans le Sahara, il ferait chaud la journée et froid dans la nuit. Erreur. Là-bas la température grimpe toute la journée et reste à son paroxysme dans la soirée pour ensuite redescendre lentement et arriver à son moment le plus frais, trente degrés, un peu avant le lever du soleil à 6h. Et puis ça recommence à chauffer. Les bestioles du style des mouches et des moustiques sont légions au lever et coucher du soleil et ne vous laissent aucun répit. Les araignées se faufilent à l’intérieur de l’habitacle si jamais l’envie leur prend. Parmi tout ça, il fallait donc trouver le meilleur moment pour rouler, manger et dormir et les moments où on ne pouvaient clairement rien faire d’autre que de s’abriter dans un lieu climatisé en ayant planqué la voiture dans un coin à l’ombre. Vous connaissez la formule disant que : dans la contrainte naissent les libertés.
Voilà donc notre planning de survie :
– Lever entre 6h et 7h. Petit déjeuner rapide et brossage de dents.
– Passage du van en mode Jour.
– On roule jusqu’à 12h, 13h maximum.
– On s’abrite jusqu’à 16h 30.
– On roule jusqu’à 18h30, puis on se fait la cuisine avant l’heure des moustiques.
– 19h30 on se barricade dans le van et on roule – généralement en fuyant les insectes – jusqu’à notre lieu de stationnement pour la nuit.
– 20h30 – 21h, il fait nuit. On passe le van en mode dodo. S’il y a des douches, c’est le moment. Si non, le jerrican de quinze litres soulevé au-dessus de la tête fait l’affaire, mais pas avant que les moustiques aient fini de s’exciter vers 22h.
– Lecture et dodo avant de recommencer.
Sur les routes du désert, les locaux qui croisent votre route dans la journée vous gratifient tous d’un petit signe de main discret. Ils ne lâchent pas la main du volant, ils se contentent de lever deux doigts de la main qui est sur le dessus du volant. Et très vite on s’y met aussi car on comprend une chose simple, presque élémentaire. Ici, on est seul. Genre désespérément seul. Si on a le moindre problème, il y a au minimu 100 kilomètres dans toutes les directions avant de croiser une habitation. Alors ce petit geste de la main, qui à première vue semble banal, est en fait une sorte de signe. Un signe qui dit: «Je suis attentif à ce qu’il se passe ici et si tu devais avoir besoin d’aide lorsque que je te croise, je m’arrêterai sans hésiter pour t’aider.» Voilà ce qu’on appelle l’esprit de la route ici. Quand on est dans un lieu où la nature a le pouvoir de vous faire disparaitre aisément, les humains se serrent les coudes et gardent un oeil les uns sur les autres.
Et quand je dis que la nature peut vous tuer, ce n’est pas pour faire des phrases. On transpire presque les six litres d’eau qu’on boit. Les bords de route sont peuplés de charognes, de ce qui furent de gentils «boing, boing», que les corbeaux et les mouches se partagent voracement. La beauté de ce lieu n’a d’égale que son hostilité. Face à tout cela, on est faible. Et il vaut mieux prendre conscience de sa faiblesse rapidement afin d’acquérir les bons réflexes. Une fois qu’on les a tout va bien. On peut profiter du désert et des créatures qui y vivent. Ici, on croise des cinquantaines de chèvres dans la journée, des émeus, des kangourous, des dingos et autres oiseaux et animaux que je ne connais même pas.

Wilcannia
Comme je le disais plus tôt, la petite ville de Wilcannia, à l’est de Broken Hill, est un lieu peuplé uniquement par les natifs Australiens. Si ça n’était pas le cas au départ, ça l’est maintenant. Nous avions à la base prévue d’y faire halte pour la nuit, mais les habitants de Broken Hill nous ont clairement conseillé de rouler au moins jusqu’à Cobar dans la journée et de n’y faire qu’une courte halte. Sur le coup, on s’est dit que ça devait être de la rivalité stupide entre village… Oui, mais une fois sur place… On ne s’est pas arrêté longtemps…
Tout avait l’air fermé, pété, laissé à l’abandon. Vous avez vu ces westerns où deux étrangers arrivent en ville et sentent que tous les regards sont braqués sur eux bien qu’ils n’arrivent à voir que de rares silhouettes dissimulées derrière leurs volets. Et j’ai sûrement vu trop de films d’horreurs, mais pour moi rien n’est plus glauque que la présence d’enfants dans des lieux où vous savez qu’ils ne devraient pas être à des heures où ils ne devraient pas y être. Aussi dans certains moments, même si mille questions assaillent votre esprit curieux et que vous savez que quelque chose d’étrange se passe – et vous voulez savoir quoi – il faut savoir prendre la bonne décision et faire un pas en arrière. J’imagine que vous devez vous dire qu’il ne se passe rien d’étrange à Wilcannia, que vous allez vérifier sur internet et que ce dernier vous dira que tout roule là-bas. Je vous dirai de ne pas vous y tromper. A l’entrée de la ville on trouva un panneau indiquant un café avec WIFI gratuit – génial, pile ce qu’on cherche – pour tomber finalement sur une petite maison avec une pancarte café accrochée de travers au-dessus de la boite à lettres. Combien de contes allemands commencent avec deux étrangers rentrant dans cette maison? En Bref, nous avons bien vite fuit ce lieu, mais pas sans en avoir fait un bon tour quand même. Bah oui, on va pas fuir sans raison. Et c’est après cet épisode que nous avons choisi qu’il était déjà temps d’en finir avec le désert et de faire route vers un autre climat.
C’est comme cela que nous nous sommes retrouvés, bien des kilomètres plus tard, à l’entrée des Blue Mountains afin de retrouver la fraicheur et se détendre un peu avant notre retour à Sydney. Nous avons donc passé nos dernières nuits proche de lacs ou de rivières entourés d’herbe verte. Nous sommes vraiment heureux du petit tour que nous avons fait en Australie. D’autant plus que de retour à Sydney nous sommes tombés sur un couple d’Australien d’au moins quatre vingt ans qui sont venus nous parler à cause de nos sacs à dos. Ils nous ont racontés leurs voyages autour du monde en nous demandant de raconter ce que nous avions fait ici. Quand deux vieux aventuriers comme eux finissent par vous dire que le petit tour que vous avez fait chez eux est à la fois bien mais aussi suffisamment représentatif pour nous donner une bonne idée de leur pays, vous vous sentez envahie par un sentiment d’accomplissement. Ils ont surtout félicité notre volonté d’aller dans les terres, soulignant que la plupart des touristes restent sur la cote et nous ont garnis de conseils pour la Nouvelle-Zélande, le Japon, la Malaisie, la Chine et l’Inde. Ils sont finalement partis en nous souhaitant bonne chance pour la suite. En les voyant tous les deux, j’ai pensé à mes grands-parents. Ils avaient l’air d’avoir atteint ce moment de la vie où votre âge vous confère cette sagesse qui conduit à une certaine paix de l’esprit. Celle qui est au moins aussi intense que la fougue de la jeunesse. On les a regardé s’éloigner en espérant leur ressembler un jour.

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Trois mois à dormir chez les gens en Amérique du nord

DSC03040_siteLors de notre tour du monde nous avons passé trois mois à voyager au travers des États-Unis et un mois et demi au Canada. Pendant tout ce temps et tous ces kilomètres nous avons passé la majorité de nos nuits à dormir chez des gens. Tout d’abord par choix et par envie de rencontres et de partager de manière fugace leur vie et leur quotidien – après tout, la collecte d’histoires faisait partie de notre voyage – et puis nous voulions tout simplement découvrir le monde en découvrant les gens qui le peuplent. L’autre raison, était bassement économique. Sans l’aide et l’accueil offert par tous ces gens que nous avons rencontré, nous n’aurions jamais réussi à accomplir cette partie de notre voyage. Soyons honnêtes, les États-Unis et le Canada sont des pays chers pour les voyageurs. Que ce soient les logements, la nourriture ou certains transports, tout à un coût basé sur une certaine « qualité de vie et de service ». Nous découvrirons par la suite à quel point pour qualité et service égale ou supérieur, le coût est lui bien inférieur dans les pays asiatiques.

DSC_0036_siteEn Amérique du nord, notre objectif était de rencontrer autant de gens que possible pour nous rendre compte de la riche diversité de ce pays. J’ose aujourd’hui fièrement affirmer que nous avons brillamment accompli cet objectif. Alors qu’à Blacksburg, près du campus de Virginia Tech, nous étions reçus chez un couple d’auteurs qui œuvrait depuis peu dans la politique et était contre les armes au point de ne parler que de ça, nous avons été recueilli dans l’Alabama par un homme qui lui, affectionnait énormément ce genre d’engins et trouvait cela normal d’en posséder plusieurs pour se défendre. Si nous sommes nous-mêmes contre le fait de posséder des armes ou de se balader avec, je dois admettre que je porte à ce jour beaucoup plus d’affection à cet homme de l’Alabama qu’à ce couple de soi-disant bien-pensant de Blacksburg. Ne jamais se fier aux préjugés, ne pas croire les stéréotypes et garder l’esprit ouvert et curieux. Nous n’avons jamais cherché à orienter la discussion sur l’épineux sujet de la possession d’armes aux États-Unis, cependant, chaque fois que le sujet fut amené sur le tapis nous avons eu à cœur de clarifier notre position et d’écouter l’opinion des auDSC_0011_sitetres. Comme je le disais, j’ai le plaisir de considérer cet homme qui nous a ouvert sa porte à Montgomery comme un ami aujourd’hui, car mise à part la question des armes, c’est une personne fantastique. Le couple de Blacksburg, avec qui à priori nous aurions dû nous entendre, était tellement à imposer leurs idées et ne voulait parler que de ce mono sujet que nous n’en avons gardé qu’un souvenir, au mieux, mitigé.

Nous avons été reçu par une famille qui voulait par ce biais permettre à leurs trois jeunes filles de découvrir des gens d’autres horizons, n’ayant pas les moyens eux-mêmes de les faire voyager. Nous avons eu la chance de faire la rencontre d’un charmant couple de plongeurs à Atlanta grâce à qui nous avons pu bénéficier d’une visite incroyable de l’aquarium se voyant ouvert des portes interdites au public. Nous avons passé quelques jours avec un homme de soixante dix ans qui voit dans le fait de recevoir de jeunes voyageurs chez lui, un moyen de rester jeune. Chez un militaire reconverti en homme d’affaire qui officie dans le monde belliqueux de la finance.

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Si nous avons été reçu par des gens qui ne mangeaient que du fast food dans des restos de bord de route, ne faisaient que de la friture à la sauce barbecue et des burgers aux multiples tranches de cheddar fondu, nous avons aussi passé du temps chez de très fins gastronomes qui pour exemple possédaient leur propre four à bois dans le jardin pour cuire des pizzas et faisait des pâtes fraîches maison ou encore notre bon ami de San Fransisco avec qui nous sommes allés décrocher des moules sur les rochers balayés par les vagues de Sausalito et avons ramassé des champignons dans la Sequoia Forest pour en faire une belle omelette le soir venu.

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Que ce soit aux États-Unis ou au Canada, il n’y a pas de règles qui définissent qui nous allons rencontrer et le comportement des personnes chez qui nous allons rester. Une croyance tenace veut que les Canadiens soient plus amicaux et ouverts que les Américains, mais nous avons eu des exemples du contraire. La réalité est qu’il faut lutter contre ces prétendues généralités et ces stéréotypes véhiculés trop souvent par des gens qui ne se sont pas aventurés bien loin de chez eux. Nous avons rencontré des gens discrets qui ne voulaient qu’uniquement offrir l’asile aux voyageurs loin de leur demeure, ou des gens expansifs qui voulaient nous faire découvrir leur vie, leur travail, leurs hobbies, leurs amis. Je me souviens de ce gars à Chicago que nous n’avons croisé que quelques secondes en quatre jours ou bien de cette jeune femme qui nous a recueilli à Medford et nous a emmené faire de la luge avec ses amis, puis dîner avec d’autres amis, puis le lendemain nous a conduit jusqu’à Crater Lake pour une randonnée en raquettes.

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Il y a des gens qui nous faisaient nous sentir comme des membres de la famille, qui nous laissaient une chambre et une belle salle de bain, qui nous faisaient découvrir leur ville et ses environs et avaient à cœur de nous envoyer explorer dans la bonne direction et d’autres qui nous débarrassaient un coin très sale dans un sous-sol moisi ou une tente dans le jardin. Nous avons rarement connu de situation de malaise vis-à-vis des gens qui nous accueillaient. Ou plutôt si, nous en avons connu une.

Nous arrivions de Las Vegas où nous avions passé quelques jours à profiter de la folie de la ville, des shows, des buffets et autres divertissements n’impliquant pas forcément la perte de tout notre argent de voyage avec notre septuagénaire favori quand nous sommes arrivés à Los Angeles. Nous avions pris contact avec la personne chez qui nous devions rester via couchsurfing. Après quelques messages courtois, il nous avait envoyé un message disant qu’il avait hâte de nous rencontrer et qu’il serait ravi de nous donner des conseils sur la partie Chinoise de notre voyage. L’idée étant très intéressante et le jeune homme parfaitement avenant dans ses mails, nous étions déjà persuadés de passer un très bon moment dans sa ville. À notre arrivée, il n’était pas chez lui. Bon, ce n’est pas grave, ça peut arriver. Nous avons donc décidé d’aller se tanker dans un café pour l’attendre patiemment et en même temps lui faire savoir via l’internet que nous étions là. Deux heures plus tard, on recevait un message disant qu’il était chez lui depuis un moment déjà et qu’on pouvait venir. Arrivés sur le palier de son immeuble, on galère un peu avec son interphone avant de finir par tomber sur son appartement. Plus que de nous ouvrir, il nous dit de l’attendre en bas et qu’il vient nous chercher. Bon, OK, pourquoi pas. Arrive alors un jeune mec au visage bouffi et austère qui ouvre la porte sans un mot. Alors que sans un bonjour en réponse au notre, il nous tourne le dos, il nous conduit jusqu’à son antre. Là nous découvrons ce qui aurait été un très bel appartement, s’il n’avait pas été recouvert de crasse et de saloperies diverses. Il se pose face à l’îlot central de sa cuisine et nous fixe du regard sans mot dire. Pas de visite, ni d’introduction, même pas de « au fait, vous allez dormir là ». Rien. Pendant une heure on essaie désespérément d’entamer la conversation avec lui. Sur les conseils de voyage qu’il devait nous donner pour la Chine, il finit par nous dire qu’il n’y est jamais allé.

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Après une heure d’angoisse et d’eau du robinet offerte dans des verres sales. On lui propose de regarder avec nous ce qu’on pourrait faire pendant notre séjour à Los Angeles. Après un hochement de tête de sa part, il part dans sa chambre en claquant la porte. L’ambiance étant déjà glaciale, je ne peux pas réellement dire qu’il venait de jeter un froid. On s’est donc posés dans un petit coin de la pièce et on a commencé à se dire à voix basses : « Non, mais… On ne va pas rester là. Il est bizarre quand même ce garçon. » On a statué sur le fait qu’il fallait lui donner sa chance et rester cette nuit car nous n’avions nul autre endroit où aller. Cette discussion passée, j’avais besoin de me soulager des verres d’eau que nous avions bu. C’est ainsi que je me retrouvais dans la pièce la plus flippante que j’ai, à ce jour, vue dans ma vie. Sous les taches murales de natures diverses, le dégueuli de dentifrice sur le lavabo, les flaques d’urines et les millions petits bouts de caca répandus partout devaient pourtant bien se trouver une salle de bain. La scène rappelait l’état des rues après le carnaval de mardi gras. A ceci près qu’en lieu et place des petits cotillons de papiers multicolores, on avait le droit à des petits bouts de caca tout sombres.

La décision de fuir est venue soudainement, ou peut-être pas. Peut-être était-elle implicite depuis le début, attendant une révélation dramatique de ce genre. Nous nous sommes aussitôt connectés sur couchsurfing, pour trouver un plan B d’urgence. La seconde personne qui nous avait invité à dormir chez elle était toujours disponible et par chance nous invita à venir le rencontrer le soir même. Maintenant, il faut préciser une chose. Nous sommes à ce moment dans un appartement de Pasadena, le quartier que nous voulons atteindre est Redondo Beach, compte tenu des services de transports en commun de Los Angeles, c’est une épopée de 4 heures qui s’annonçait. Il était 21h et nous n’étions sûrs que d’une chose, nous devions fuir.

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Nous avons inventé une excuse bancale et nulle et avons quitté le personnage. Nous étions maintenant de nuit – 21 h 30 pour être exacte – dans LA et nous avions absolument tout misé sur le fait que c’était la bonne idée de partir à travers la ville pour trouver refuge chez un autre inconnu.

Dans les faits, tout s’est bien passé. Nous avons mis beaucoup de temps à traverser la ville, mais sommes arrivés chez un hôte des plus charmants. Ce qu’il faut cependant retenir, est que cette manière de voyager vous fait pénétrer le quotidien d’inconnus tous plus différents les uns que les autres. Pour ma part, et je pense pouvoir parler pour Zozo également, je ne regrette aucune de ces expériences. Précisons simplement qu’il faut toujours bien lire le profil des gens avant d’envoyer une demande pour être hébergé.

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P.S. Les photos de nos « chambres » qui illustrent cet article ont toutes été prises par Zoé,  ma moitié, qui est aussi l’illustratrice des Zozo Strips.

l’attente fait partie de l’aventure

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Si vous le voulez bien, livrons-nous à une petite expérience ensemble. Fermez les yeux…

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Oui, bon… Gardez les yeux ouverts et visualisez dans votre esprit « l’aventure ». Si c’est une scène d’Indiana Jones, rassurez-vous, moi aussi. Mais passons, j’imagine que dans votre esprit vous voyez de grandes étendues sauvages et naturelles infinies, de l’action, du mouvement, de la romance, bref l’Aventure quoi. Ce que vous ne voyez probablement pas, c’est un mec assis depuis trois heures à un abribus, dans une salle d’attente de gare, dans un Mc Do ou un Starbuck, sur un bord de route, enfin un mec qui tue le temps et qui franchement à l’air de se faire chier. Et pourtant, c’est bien une réalité du voyage, l’attente – les longues heures d’attente – en fait partie intégrante.

DSC00392On fuit notre pays natal, sac sur le dos, romance, aventure et petits cœurs. Par quoi on commence : Attendre dans la salle d’embarquement. On quitte une ville, on attend le bus ou le train ou au bord de la route qu’une âme charitable s’arrête – pour qu’on attende dans sa voiture le moment où on va arriver.

Ayant pris plus d’une quinzaine d’avion dans l’année et voyagé sur trois continents en bus, à pied, en stop, en train, en voiture et à dos de kangourous du chaos, je peux vous affirmer sans trembler des genoux que nous avons passé de nombreuses heures en situation d’attente. Sans compter le summum de la perversion du monde : la file d’attente pour entrer dans un truc.

DSC00220Ayant une capacité limitée à transporter du merdier avec nous, les petits magasins de souvenirs et de babioles ont vite perdu leur intérêt. Ces bouis-bouis qui vendent des gadgets en plastique qui font pouêt pouêt, des magazines de moto, de tatouages et d’informatique ou des mars pour deux fois le prix. Alors que faire de ses moments d’inerties dans le voyage et les découvertes. Dans notre cas, nous les avons massivement mis à contribution pour de la lecture, de l’écriture et du dessin ou encore entretenir son addiction au café. Parfois pour des siestes ou pour rien. Et parfois, l’aventure est née de l’attente.

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Nous étions dans la ville de Jackson dans l’Etat du Mississippi, Zozo et moi. Jackson fait partie de ces villes qui furent durement frappées par l’ouragan Katrina, il y a maintenant quelques années et se trouvèrent oubliées par le grand plan de reconstruction. Aussi, si vous arrivez dans la ville de Jackson par le train, vous pourrez voir au sortir de la gare de magnifiques bâtiments en ruine où la nature a repris ses droits. Après trois jours pluvieux en couchsurfing dans la ville, nous avions finalement décidé de faire comme Eddie Mitchel et de prendre la route de Memphis. Mais pas n’importe comment, non. Nous avions décidé d’inaugurer l’utilisation du stop sur le continent américain. (cela donnera sûrement lieu à un article spécifique tellement il y a à dire sur ce simple sujet) Aux dires de notre hôte, on devait se mettre vers une bretelle de sortie de la ville et on serait pris sans problème en peu de temps. À cette période de l’aventure Zozo et moi voyagions avec un gros sac sur le dos et un petit sac ventral avec du matériel de vidéo et nos carnets de dessins. J’avais même décoré l’anse du mien d’un petit foulard de pirate. Nous sommes resté à regarder passer des voitures pendant une heure avant que des gouttes ne commencent à tomber. Il y a un court laps de temps où l’auto-stoppeur sous la pluie attire la sympathie, avant d’entrer dans le long moment où il devient aussi repoussant qu’un vieux chien mouillé. Aussi, après avoir épuisé ce fugace instant, nous sommes allé trouver refuge sous un pont, sur la même route. Laissant nos sacs à sécher sur la chaussée, on continuait notre activité. Finalement, une première voiture s’arrêta. Tout sourire, j’allai parler à son chauffeur qui me dit : « Je ne vais pas à Memphis. Je ne connais pas votre histoire. Mais tenez. » Et il nous donne, comme à de jeunes mendiants, dix dollars en billets d’un. Sans plus d’explication, il reprend la route, nous laissant circonspect sur le bas côté. Après un nouveau quart d’heure de rien, arrive une voiture de flics avec à son bord un clone de l’officier Pepper. Il s’arrête juste devant nous et fait retentir sa petite sirène un coup pour mettre l’ambiance. Il descend de voiture et remonte sa ceinture au niveau de sa taille – probablement parce que le cliché de toute son apparence n’était pas encore complètement parfait pour lui.

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Eh oui, vous avez bien lu. « Où sont vos bébés ! » Il faudra plusieurs longs instants enfermés à l’arrière du véhicule de l’officier Pepper pour comprendre le pourquoi de cette question absurde. Les nombreuses voitures qui avaient ignoré les jeunes et beaux auto-stoppeurs que nous étions avaient pris nos sacs ventraux pour des bébés que nous portions et avaient décidé d’appeler les forces de l’ordre et de la loi. Nous voilà donc embarqué dans la voiture de l’officier Pepper qui nous confie qu’il n’a jamais vu qui que se soit venant de « Franck » dans sa vie. Il nous explique alors qu’aux yeux de la loi du Mississippi, nous sommes des criminels.

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Eh oui, si nous n’étions pas en train de commettre un crime en faisant du stop, nous en commettions un en faisant du stop avec une pancarte. Cela porte le doux nom de « Sign sollicitation », en gros demander des trucs avec une pancarte. Je résume, tendre le pouce au bord de la route : Ok, même si ça marche pas à Jackson. Tendre le pouce avec un panneau indiquant où vous voulez vous rendre : illégal. Tassé à l’arrière de la voiture de l’officier Pepper, à ce moment on ne rigole pas vraiment. J’ai vu les évadés et Oz, aussi je n’ai aucune envie d’expérimenter le système carcéral américain. Mais heureusement, l’officier Pepper avait en tête une scène digne d’un film de Sergio Leone. Il s’arrêta à la gare et nous dis :

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On récupéra nos affaires en montrant la preuve d’achat du billet et monta à bord du train vers notre prochaine destination, pour ne plus jamais revenir.

Voilà pour l’exemple. Mais retenons tout de même, l’attente placide comme phénomène factuel de voyage. Vous n’êtes pas obligé de vous faire arrêter pour passer le temps. Un bon roman peut largement suffire. Dans notre cas, en plus du roman et de l’officier Pepper, nous avons connu de nombreuses situations où une attente c’est transformer en anecdote de voyage. Mais cela fera sûrement l’occasion d’une autre histoire.

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La rupture du quotidien

Zozo et moi discutons de tout, tout le temps. C’est un fait. Depuis que nous sommes ensemble nous avons toujours eu des choses à nous dire. Parmis ces innombrables discussions, l’une d’elles a été pour nous particulièrement marquante.

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Le voyage avait commencé depuis tout juste une semaine. Nous étions depuis ce temps à New York, à profiter de la ville et de ses charmes. Nous logions sur la période dans une toute petite chambre très sale et sans fenêtre dans un youth hostel de Chinatown. La pièce faisait à peine plus de la taille du lit, que nous devions escalader avec nos sacs pour pouvoir fermer la porte. Nous avions déjà joué les touristes aux quatre coins de Manhattan, Brooklyn et du Queens et pris l’habitude de marcher une bonne vingtaine de kilomètres par jour au gré de nos balades.

Bref, c’était le matin et nous arrivions aux abords de Washington Square. Nous venions de faire un ravitaillement dans l’épicerie du Space Market – où ils vendent d’excellents bagels – et avions décidé de prendre notre petit-déjeuner sur un banc, au soleil. Le temps, en cette fin de mois de septembre, était absolument radieux. Autour de nous les gens s’affairaient à leurs petites activités. Tandis que certains faisaient leur tai chi, d’autres jouaient de la musique à différents coins. Près de l’arche un mec à l’allure groovy faisait des bulles de savon géantes, tandis que quelques jeunes faisaient des tricks en skate autour de la fontaine. Nous étions posés là, Zozo et moi, et alors que nous sirotions nos cafés nous fûmes frappé d’une étrange réalité.

Nous n’avions rien à faire !

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Je pondère tout de suite le propos. Nous n’avions rien que nous soyons obligés de faire. Dans ma vie, j’étais passé du monde des études à celui du travail sans la moindre transition. J’avais toujours eu des horaires, des choses à faire et des comptes à rendre, des gens qui dépendaient de mon travail, bref, des obligations bien spécifiques qui animaient et rythmaient chacune de mes journées et semaines. Des automatismes de vie bien ancrés en moi. Quand on vit dans la société, on dépend de son rythme. Des heures faites pour le travail, des temps fait pour les loisirs. Des jours où on doit se lever tôt et de ceux où on peut dormir. Ce matin-là, un peu comme frappé par un électrochoc, nous réalisions que personne ne nous attendait, que personne ne dépendait de nous, que nous n’avions pas besoin d’aller dans un endroit spécifique plutôt qu’un autre. Bref, nous étions libres de nos vies et de nos mouvements. On l’avait voulu, voilà, on l’avait.

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Je vais être parfaitement honnête. Ça nous a fait grave flipper. Nous avons passé plus d’une heure à se demander si nous devions reproduire un ersatz de rythme pour notre voyage. Définir des heures pour se lever le matin, planifier des jours de repos, organiser les choses et les compartimenter. Après tout, nous n’étions pas sur une mécanique de vacances, mais de voyage d’exploration et d’inspiration artistique et humaine à travers le monde et sur une année complète. On voulait voir, découvrir et changer en vivant cette expérience. Spoiler Alert : Je vous rassure tout de suite, ça a été le cas. Toujours est-il qu’à ce moment la rupture entre notre ancien quotidien et le nouveau n’était pas encore vraiment consommée et nous étions en cet instant en train d’en définir les termes. Opposer ce que nous faisions à ce que nous allions maintenant faire.

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Ce n’est pas si simple. Pour être honnête, je pense qu’il nous aura fallu près d’un mois pour vraiment trouver notre nouveau anti-rythme de vie. Pour accepter l’idée que chaque jour aurait son lot d’imprévu et ne ressemblerait peut-être en rien à celui de la veille. Après notre semaine à New York, nous avons pris l’habitude de bouger de ville en ville et de changer de lieu tous les trois ou quatre jours. Dans ce laps de temps, vous pouvez visiter et découvrir, mais jamais prendre vos marques ou réellement vous reposer. Vous ne pouvez par créer de routine, ni d’habitude. Pour des raisons d’envies et de budget, nous avons choisi de faire ce voyage au travers des États-Unis en dormant chez des gens – que nous rencontrions directement ou via Couchsurfing – nous partagions leur vie et bouleversions leur quotidien le temps de notre court séjour chez eux. Comme nous avons fait du stop à des moments ou encore que nous nous sommes retrouvés dans des endroits si reculés que nous avons dû dormir sous des abris bus ou dans des gares en attendant de prendre des transports à des horaires variés, l’idée d’un rythme d’horaire quotidien a vite été abandonnée. Nous avons appris à accepter l’imprévu et l’inattendu, et en avons fait notre nouvelle norme.

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Mais revenons à notre situation initiale à Washington Square. Il est onze heures du matin lorsque nous mettons en pause cette discussion que nous reprendrions plusieurs fois pendant le mois suivant. Notre petit-déjeuner est fini depuis longtemps. Personne ne nous attend, personne ne nous connaît, nous n’avons aucune bonne raison de choisir d’aller à un endroit plutôt qu’à un autre. On sait en cet instant que nous sommes le plus libre que nous pourrons l’être dans nos vies et nous n’avons plus qu’à en profiter.

On commence à suivre notre nouvelle résolution : On regarde autour de nous. On ouvre notre esprit à toutes les possibilités. On suit notre inspiration et on voit où cela nous mène. On vit notre aventure.

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L’aventure !!! Tout plaquer pour faire le tour du monde !

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Qui n’a jamais rêvé de tout plaquer dans sa vie pour partir connaître le grand frisson de l’aventure ? La route infinie qui se déroule sous vos pas. L’horizon sans limite. Les rencontres nouvelles qui vous changent à jamais. Certains d’entre vous le savent déjà, c’est ce que ma femme et moi avons fait. Ma vie était bien rangée et confortable. Confortable comme un bon lit dans lequel on s’endort et on peine à se tirer le matin, bien rangée comme une commode ikea dans laquelle toutes nos affaires entrent parfaitement, mais ne laissant aucune place pour de nouvelles choses. J’avais une place dans les différents studios d’animations de ma ville et une place de prof d’animation dans une école privée. Des revenus fixes et suffisants… Bref je pouvais me laisser bercer tranquillement pour les années à venir sans avoir à trop me poser de questions.

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Sauf que comprend bien mon ami, que pour quelqu’un qui se définit comme un artiste, cette situation équivaut à la mort de l’art. Plus besoin de challenge, ni d’agitation, les choses viennent d’elles-mêmes sans qu’on se pose de questions. Résultat des courses pour moi : Déprime.

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Pas tout à fait, ce qui m’a fait déprimer, c’est plutôt que je me suis demandé si ce que j’avais et ce que je faisais était vraiment ce que je voulais. Comme je l’ai mentionné dès le début de ce blog, c’est ma rencontre avec Zozo qui a changé la donne. On était mû de la même volonté de changement. On ressentait le même besoin criant d’élargir nos horizons, de tout plaquer et de partir. Comprenez bien que le propos n’était pas de partir quelque part, non ! La question était de partir vivre l’aventure. De vivre une révolution humaine et psychologique. De découvrir qui nous sommes réellement une fois dépouillés de tout ce qui fait notre quotidien. De partir faire le tour du monde.

Une fois que l’idée est lancée dans le cerveau – et qu’on est deux petits fous sur le sujet – impossible de faire machine arrière. D’une frêle jeune pousse, l’idée se transforme rapidement en forêt. On doit prendre une foule de décisions drastique et immédiate. La première est la question de l’itinéraire. Le monde est notre nouveau terrain de jeu, où est-ce qu’on va ? À cette étape, on avait fait les fous sur une grande carte Michelin avec des markers de couleurs et un bol de Dragibus. Comme des gosses on avait dessiné un parcours complètement mégalo sur tous les continents. On voulait passer de l’Australie à la Malaisie à bord d’un chalutier de pêche, on voulait traverser le désert sibérien et autres folies douces et amusantes. Comme le monde actuel est gouverné par l’administration et la paperasse, on a vite compris que certaines choses ne seraient pas possibles. La découverte de l’existence des agences spécialisées dans l’organisation de tour du monde a été un tournant dans notre préparation. Ils nous ont donné quelques règles à respecter pour l’élaboration d’un itinéraire qui permettrait de rendre faisables diverses de nos folies, tout en nous proposant un coût de voyage et une planification minimale très intéressante.

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Nous nous retrouvions donc avec tous nos billets d’avion avec des points de destinations fixes, mais la possibilité de changer les dates à notre gré et le tout pour le coup d’un aller-retour pour l’Australie. Notre parcours était fait dans les grandes lignes. Aussi nous avons à ce moment pris la décision de ne rien planifier de plus sur cette question. Dans notre idée, partir à l’aventure ne voulait pas dire partir là où c’est dangereux, mais là où on connaît pas et que rien n’est prévu. Nous savions par exemple, que notre premier vol nous emmenait à New York fin septembre et que le vol suivant partait de Vancouver pour Sydney le 1er février. Ce que nous allions faire entre les deux serait du domaine de l’improvisation la plus totale.

Nous avons dû régler la question des visas pour certains pays avant de partir, pour d’autres – comme la Chine – nous devions attendre et nous en occuper pendant le voyage en lui-même. Nous nous sommes rendus dans un centre de vaccination international et de conseils aux voyageurs pour recevoir les vaccins nécessaires aux zones géographiques que nous allions visiter et autres recommandations médicales. Et là, pour le coup, c’est vraiment tout ce dont nous nous sommes occupés pour nous préparer.

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Ben ouais, ça n’est pas loin d’être ça. De mon point de vue, ce n’est pas de l’inconscience ou quoique ce soit. Non, c’est une forme de réalisme optimiste. Certes j’avais déjà beaucoup voyagé dans ma vie et j’étais coutumier du fait de partir avec mon sac à dos sans rien prévoir à l’avance, mais toujours sur de courtes durées. Le maximum que j’avais fait, était un voyage de cinq semaines au cours duquel j’avais traversé les États-Unis de l’Ouest vers l’Est avec un ami. Mais c’était différent. Au bout de ce mois de voyage, j’avais toujours mes affaires, mon appartement et mon confort qui m’attendait. Pour la première fois de notre vie, toutes nos affaires étaient vendues ou dans des cartons dans une cave chez nos parents. Nous n’avions plus d’appartements, ni d’endroit spécifique où revenir. La seule chose que nous avions était nos sacs à dos. Nous n’avions plus de repères d’aucune sorte. Aussi comment imaginer prévoir ce que nous allions vivre au cours de l’année. La seule chose qui nous a semblé sensée à ce moment était de partir avec l’esprit le plus ouvert possible et de se tenir prêt pour saisir la moindre opportunité qui se présenterait à nous. Et puis soyons honnête deux minutes, si vous rêvez de plaquer votre quotidien trop balisé qui vous étouffe, ça serait idiot de complètement baliser et planifier votre fuite. Il faut simplement trouver le juste équilibre entre libertés et contraintes afin d’apprécier au mieux votre expérience et permettre un maximum de spontanéité.

Il n’y a pas une bonne manière de partir à l’aventure. Et par extension, il n’y en a pas de mauvaise. J’écris ces articles pour partager mon expérience avec vous. Je ne prétends pas pouvoir vous aider à planifier votre fuite. C’est quelque chose de profondément personnel. C’est un choix qui vous change à tout jamais vous et votre manière de voir le monde, car peu importe ce que vous aurez à vivre par la suite au cours de votre vie, à tout jamais vous serez quelqu’un qui a pris le risque de tout plaquer et de partir sans destination, ni but autre que celui de découvrir le monde et de se découvrir lui-même. Peu importe ce qui motive ce choix, si vous sentez au fond de vous que vous devez le faire : faites-le. Pendant notre voyage, nous avons rencontré beaucoup de gens qui avaient fait ce choix, tous différents, tous à des moments différents de leur vie. Que ce soit un couple d’enseignants en retraite, de jeunes parents, deux copines qui avaient fini leurs études, etc… Peu importe qui nous étions ou d’où nous venions, au moment de notre rencontre nous étions les mêmes voyageurs en quête de cette chose sensible et impalpable qui ne se révèle qu’à ceux qui la cherchent.

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Si certains parmi vous ont des questions pratiques auxquelles ils voudraient des réponses, n’hésitez pas à me contacter sur la page du blog prévu à cet effet. Encore une fois, je ne peux que partager mon expérience personnel du sujet. Je tiens à remercier les lecteurs qui m’ont écrit pour mon précédent article. Ça me fait beaucoup de plaisir d’avoir des retours et des encouragements. J’ai été très occupé récemment, ce qui explique le rythme des articles, mais je vais essayer de sortir le prochain rapidement.

De quoi avons-nous besoin pour voyager ?

C’est une question que se pose chaque voyageur sur le départ. Fera-t-il chaud ? Froid ? Il pleut en Australie ? Ai-je assez de cinq objectifs ? Est-ce que j’emporte ces douze romans que j’ai sur ma table de nuit depuis les six derniers mois ? Bref, de quoi vais-je avoir besoin dans mon sac ?

Alors que je sirotais tranquillement ma bière en parlant voyage avec quelques inconnus rencontrés en terrasse d’un café, je me suis souvenu de nos discussions et des listes que nous avions fait Zozo et moi au moment de partir faire notre tour du monde. Et puisque pendant notre blog de voyage de l’année, nous avions plutôt raconté nos aventures au quotidien, le voile n’avait jamais vraiment été levé sur ce moment pourtant si important pour chaque voyageur.

La première liste de choses à prendre dans nos sacs comprenait quatre pages d’items divers et variés. Incluant des vêtements d’hiver, des vêtements d’été, des vêtements de mi-saison, du matériel de dessin, du matériel photo, des caméras, des livres, des consoles de jeux vidéo – oui, DES – et autres accessoires genre pharmacie, guide de voyage, carte, ordinateur. Cela peut sembler, disons-le franchement, complètement con aujourd’hui, mais quand vous êtes dans une démarche de tout quitter et partir sur la route… Dans un premier temps, vous ne voulez pas tout, tout quitter… Vous voulez tout quitter en vous agrippant fermement à quelques brides de votre confort personnel et partir avec.

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Devant le fait établi que nous ne pouvions résolument porter chacun notre propre poids ou le faire tenir dans des sacs à dos nous avons épuré au maximum. On a décidé de partir avec suffisamment de fringues pour une grosse semaine – disons dix jours – et de réduire au mieux les autres objets. En fait, le projet n’était plus de faire un sac pour un an et qui renfermerait le nécessaire pour tous nos besoins – puisqu’en réalité, ne sachant pas ce que nous allions faire dans cette année il était impossible de concevoir un tel bagage. On a donc fait un tas de tout ce que nous pensions avoir besoin. On en a chacun sélectionné la moitié pour l’autre et avons laissé le reste.

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Du calme l’ami. On se rend vite compte dans ce genre de voyage qu’on a bien moins de besoin que ce qu’on s’imagine ou bien que ce qu’on a dans notre habituel quotidien. Prenons un exemple : Vous avez passé la journée au travail, il faisait chaud, vous avez transpiré et le soir vous devez manger dehors. Passage à la maison, douche, vêtements propres et ensuite resto. En voyage road trip, vous n’avez pas de maison, donc pas de douche, donc pas besoin des vêtements propres. On garde les mêmes et on continue.

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Un conseil que nous avons suivi d’un ami – et qui s’est révélé être très bon – était de ne pas prendre les affaires que nous aimions le plus avec nous. Bah oui, une semaine de fringues, ça veut dire globalement que si vous ne portez pas la tenue A, vous portez la B ou une savante combinaison des deux que nous appellerons C. Bref, au bout d’un mois vous avez une piètre opinion de ce que vous portez; au bout de deux, vous ne vous voyez plus vraiment, submergé par un sentiment d’indifférence; au troisième mois, vous avez envie de tout brûler et de vous rouler dans les cendres de vos vieilles frusques fatiguées par votre vie nomade en chantant des incantations celtes. Heureusement, à part votre moitié et vous-même, les gens que vous rencontrez vous voient rarement plus de deux jours de suite. Et puis en trois mois, le temps a changé et est venu le moment de bazarder une partie de vos affaires pour vous adapter à la saison ou au nouveau climat du nouveau pays. Dans notre cas, notre sac était donc une sorte d’objet vivant et changeant – peu, soyons honnête – en fonction des pays dans lesquels nous étions.

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Si je devais donner trois objets parfaitement indispensables pour l’ensemble de la durée de notre voyage, je dirai :

1 – Une Fouta : le bazar nous a servi d’écharpe, de serviette, de couverture, d’oreiller, etc… Bref, c’est passe partout, pas bien cher et plutôt beau.

2 – La capote imperméable du sac à dos. Ça peut sembler bête, mais dans certains endroits – en plus de conserver vos seuls vêtements propres au sec – c’est un rempart contre la saleté, le vol ou les crachats…

3 – ça m’arrache un peu le cœur de l’admettre, mais un bon smartphone est un instrument polyvalent et quasiment indispensable de nos jours en voyage. Internet étant partout – ou presque – on s’en est servi presque chaque jour pour trouver notre chemin, trouver des logements ( couchsurfing, hostel, hôtels ), trouver des transports, avoir des cartes et notre localisation GPS. Bref, moi qui était un inconditionnel du couteau suisse, je me suis un peu ravisé pour ces petits pavés qui font au final beaucoup de choses utiles. Et qui pour certains prennent en plus de très bonnes photos.

Ce sont les trois choses qui sont restées avec nous et ont-été utilisées quotidiennement, sans compter appareils photo et nos carnets à dessins ( mais ça ne parlera pas à tout le monde ).

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Enfin, je sais que beaucoup de gens autour de moi sont des angoissés de l’oubli au moment de faire leur sac. Mon conseil personnel sera le suivant : Prenez un objet de moindre importance de ce que vous voulez emporter avec vous. Posez-le dans un coin tandis que vous empaquetez le reste et… Oubliez-le. Cela vous débarrassera de la question stressante du : « Mon dieu, je suis sûr que je suis en train d’oublier quelque chose d’important. » Et ce pour deux raisons : la première est que oui, c’est bon – check – vous êtes dans le processus d’oublier ce truc-là. La seconde est que comme par magie, chaque fois que vous allez passer devant, ce bête objet vous fera penser à un autre que vous étiez vraiment en train d’oublier.

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Pour notre part, Zozo et moi sommes du genre à faire notre sac à la dernière minute ( cf. Le temps du départ ), et on ne se refera probablement jamais à ce sujet.

Mon fantasme personnel serait maintenant de partir seulement les mains dans les poches. Le mode aventurier ULTIME ! Avec seulement mon passeport et mon portefeuille dans les poches. Et mon smartphone, parce que le GPS est pratique. Et mon couteau, parce que c’est toujours utile. Ah oui, mais du coup, il ne passe pas dans la cabine de l’avion… Bon, bah, je prends un sac alors. Ouais, mais bon, quitte à prendre un sac, je vais pas mettre que mon couteau dedans… Je vais prendre mon carnet de croquis et mes crayons… Et des aquarelles… Et mon appareil photo… Et…

Bref, je ne suis pas prêt de partir les mains dans les poches…

Et vous alors, quels sont vos articles essentiels pour voyager ? De quoi ne pourriez-vous pas vous dispenser ? Et inversement, de quoi pourriez-vous vous dispenser ?

C’est tout pour aujourd’hui. Merci d’avoir lu cet article et merci à Jérôme et Sulivane de la terrasse de la Girafe de me l’avoir inspiré. Si tout va bien question planning je devrais être plus régulier sur mes postes de blog. Je prépare la prochaine BD, mais chute, c’est encore secret.

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