Dans la tempête un mardi – partie 3

En haut, comme en bas,

La seule chose qui lui manquait

se trouvait à son doigt.

Illustre_A07

Chapitre 03 : Le dos au mur

Une bourrasque de vent balaya le visage inondé de pluie de Gyen. Il contemplait de ses yeux clairs l’homme qui venait de franchir la porte au sommet de la tour. Celui-là même qui venait de sauter dans le vide. Celui-là même qui était mort, écrasé dans la cour au pied du donjon. Trois temporalités d’un homme réunies en un seul et même lieu. Un paradoxe improbable dont la raison était pour Gyen un mystère. Et comme chaque fois qu’il se trouvait face à une énigme, il comptait bien la résoudre. Dans le fond, n’était-ce pas ce qu’est chaque esprit hanté, chaque fantôme ; une énigme errante dont le plus profond besoin est qu’on la résolve. Ce n’était pas la première fois que Gyen se retrouvait face à ce genre d’apparition, loin de là. Il avait par conséquent quelques intuitions sur la marche à suivre. Il savait que les spectres des vivants étaient des créatures fragiles et sensibles. Il fallait donc les approcher avec calme et diplomatie, sans les sortir de leur zone de confort.

  • Drôle de temps pour observer le passage des bateaux, lança Gyen.

  • On est trop tôt dans le mois aussi, répondit l’homme en s’approchant de Gyen sur la coursive. Le turn-over des plates-formes ne sera pas avant trois bonnes semaines et pour la pêche… Bah, ils vont beaucoup plus loin qu’ils n’allaient avant. Les récifs ont été ratissés par ici. Il n’y a plus que les pécheurs du dimanche qui trouvent leurs comptes à distance de vue et aucun d’eux ne sortiraient par ce temps.

  • Je m’appelle Gyen.

  • James, répondit l’homme. Ravis de te rencontrer. Je pensais que je serais bien la seule âme à avoir l’idée de venir ici. Mais on dirait bien que non.

  • Trop sale humeur pour ne pas profiter du sale temps et rester au chaud.

  • Je vois ce que tu veux dire. Pour ma part, j’aime bien venir ici. Ça me rappelle mon père. Je venais là, gamin, quand il était parti.

  • C’est tenace un souvenir de gosse.

  • C’est bien vrai. Ça faisait tellement longtemps que je n’étais pas venu. Je n’y ai même pas pensé. Je suis passé dans le coin après un rendez-vous et je me suis surpris à me lancer dans le détour par pure nostalgie.

  • Pas d’idées noires en tête tout de même ?

  • Non.

  • Tu es bien sûr de toi, James ?

  • Drôle de question. Évidement que je suis sûr, répondit James avec une sorte de rictus. Je suis simplement monté pour faire un voyage dans les souvenirs et sentir l’air de la mer du nord. Ne va pas croire que je suis pressé de redescendre au point de prendre la route à un pas.

  • Oh, mais je ne crois rien du tout, cependant, tu pourrais peut-être descendre de ce créneau. Je ne pense pas que la vue nécessite que tu t’approches à ce point du bord.

Mine de rien, tandis qu’il parlait avec Gyen, James était monté se percher sur l’un des créneaux. Il se trouvait debout de toute sa hauteur face au vide. Il ne semblait pourtant pas en être conscient. Gyen avait déjà vu ce genre de problème avec des fantômes de suicidés. La clé pour stopper leur tourment se trouvait généralement dans le fait de leur faire admettre leur acte. De regarder la vérité de leur mort en face.

  • Tu es sûr que tu as envie de faire ça ?

  • Je n’ai pas envie de faire quoi que se soit. Qu’est-ce qui se passe ?

  • Je n’en sais rien, à toi de me dire. Qu’en penserais ta femme ? Hein ?

  • Comment tu sais pour ma femme ? Tu connais Elisa ?

  • Non, je ne la connais pas. J’imagine juste à cause de ta bague au doigt.

  • Ma bague, dit James en levant sa main gauche dont l’annulaire en était dénué. Où est-elle ?

  • Calme toi, lui dit Gyen en s’approchant de lui. Elle n’est sûrement pas loin.

  • Tu me l’as prise ?

  • Non, je ne l’ai pas. Fais moi confiance. Elle doit être quelque part, je vais la retrouver. Tu l’as certainement perdu dans le coin.

  • Pas étonnant, dis James en montrant sa main à Gyen. Regarde-moi ça, mon doigt est complètement cassé. Ça ne me surprend pas qu’elle soit tombée.

Tandis que Gyen se mit à chercher minutieusement autour de lui, James se pencha vers le vide et déclara : ne t’embête pas. Je crois que je la vois. Elle est là.

Alors que Gyen releva la tête vers James, il le vit plonger la tête la première dans le vide. Gyen se précipita contre le garde-corps de pierre, mais James avait déjà disparu. Seul son corps sans vie se trouvait allongé en bas.

  • Merde, laissa échapper Gyen de colère.

Il ne s’était pas bercé d’illusions et était convaincu dès le départ qu’il ne briserait pas l’énigme de ce spectre du premier coup. Mais ce n’était pas pour autant que ça lui plaisait de se voir échouer. L’idée de passer la nuit à voir un type se foutre en l’air encore et encore jusqu’à ce qu’il en comprenne la raison ne lui plaisait guère. Il frappa du poing la pierre noire et humide. Et tandis que la douleur lui remontait le long du bras. James apparut de nouveau à la porte. 

  • J’ai comme l’impression de déranger.

  • Mais non James. Ne t’en fais pas.

  • On se connaît, demanda James en approchant.

  • Pas vraiment, non, on se rencontre seulement un court instant. Je suis Gyen, dit ce dernier en lui tendant sa main gauche – moins meurtrie que l’autre.

  • C’est marrant, répondit James en lui serrant la main, plus qu’un prénom, dit comme ça, on pourrait croire que ça explique toute la situation.

  • C’est généralement le cas, mais pas ce soir.

Tandis qu’ils se serraient la main, Gyen ne put s’empêcher de remarquer l’alliance au doigt de James.

  • Jolie bague.

  • Merci, répondit James d’un air troublé.

  • Qu’y a-t-il ?

  • Rien… C’est juste que… C’est étrange. J’ai l’impression d’avoir déjà entendu ça ce soir.

  • Ah oui ? Et qu’est-ce que ça a d’étrange.

  • Je crois que… Je crois que je me tenais ici quand je l’ai entendu.

Gyen regarda autour de lui. Ils étaient seuls. Mais une petite étincelle illumina les brumes de ses pensées. Ils étaient peut-être seuls maintenant, mais rien ne disait que James n’avait pas rencontré quelqu’un sur ce toit. Peut-être s’était-il trompé. Peut-être James n’était pas à l’origine de sa propre mort.

  • Qui t’a dit ça ?

  • Un homme, je crois.

À ces mots James se rapprocha du bord de la coursive. La bague, compris enfin Gyen, tout est lié à la bague. James n’est pas tourmenté par des souvenirs. On lui a dérobé une partie de lui.

  • Quel homme ? Comment était-il ?

  • Je ne sais pas, répondit James alors que son alliance s’arrachait de son doigt en le cassant.

  • Tu dois te souvenir. Un détail. N’importe quoi, l’implora Gyen. N’importe quoi qui puisse m’aider.

  • T’aider à quoi ?

  • À retrouver ce que tu as perdu. À t’empêcher de rester errer ici. À t’apporter un peu de paix.

  • Je suis mort, c’est ça, demanda James en grimpant sur le créneau.

  • Je suis désolé.

  • Je ne veux pas être mort.

  • Je… Dis-moi à quoi ressemblait l’homme.

  • Je ne sais plus. Je ne me souviens pas.

  • Tu dois te forcer.

  • Il était… ses vêtements étaient usés et sales. Ils avaient des yeux de fous et son rire. Mon dieu, son rire.

Gyen n’eut que peu de doute face à la description que James venait de lui faire. Il savait qu’il avait déjà vu l’homme en question plus tôt dans la soirée. Il devait maintenant le retrouver.

  • Attends, ce n’est pas grave. Je crois que je la vois. Elle est là, dit James en sautant une fois de plus du sommet de la tour.

Un sentiment de colère inonda Gyen. Il détestait cet état d’impuissance auquel il était confronté. Il quitta le sommet de la tour et dévala les marches des escaliers quatre à quatre. Il prit un peu de temps face au corps sans vie de James pour s’assurer de sa théorie. Entre autre fractures, l’annulaire de James était brisé et sa bague manquante. Il devait la retrouver. Il courut dans le centre-ville à la recherche du rieur malsain qui lui avait parlé de la tour en premier lieu. Il était convaincu que c’était lui. Il parcourut le dédale de ruelle, manquant de glisser sur les pavés humides. Il ne s’arrêta pas avant de trouver enfin, dans le plus sombre des recoins, l’homme qu’il cherchait. Il agrippa l’homme sale par le col et le plaqua contre un mur. Ce dernier éclata d’un rire nerveux.

  • La tour ! Ah ah ah ! Tombée ! Ah ah ah !

  • J’ai trouvé la tour, cria Gyen. Et j’ai aussi trouvé celui qui en était tombé ! Je crois que tu portes quelque chose qui ne t’appartient pas.

  • Non ! Tombé ! La tour !

Gyen plongea la main entre les haillons de l’homme sale. Il ne lui fallut que peu de temps pour trouver autour de son cou une petite corde retenant un anneau d’or.

  • Voleur ! Meurtrier !

  • Non ! Tombé ! Tombé ! S’écria l’homme sale en larmoyant.

  • C’est ce qu’on va voir !

Gyen plongea ses yeux dans les siens. Son regard perça à travers le voile du temps jusqu’à la vérité. L’homme sale se trouvait avec James sur la coursive. Il avait demandé de l’argent à James qui avait refusé. Comment osait-il refuser ? Lui qui avait l’air si bien et heureux. Lui qui portait de si beaux vêtements et une si belle bague dorée. Soudain il voulait la bague. Cet objet chaleureux et scintillant dans la nuit. James avait refusé. Il avait commencé à lui arracher du doigt. Il avait même entendu craquer. James avait hurlé en retirant sa main. La bague avait quitté son doigt. Elle flottait dans les airs. Ils la voyaient tous les deux danser entre les gouttes de pluie. Un petit éclat doré et brillant fendant l’obscurité. Alors qu’elle se précipitait vers le vide, James avait tenté de la rattraper. L’homme sale n’avait pas voulu que James tombe. Mais il était déjà trop tard. Il aurait simplement dû la lui donner. La bague et James étaient tombés. Quel gâchis pensait l’homme sale prenant l’anneau de la main sans vie de son propriétaire. Que pouvait-il faire de plus ? Il accrocha la bague comme un trésor autour de son cou et la porta contre sa peau. Il sentit la chaleur de l’objet et le confort qu’elle lui apportait. Mais rapidement l’anneau devint froid et lourd à porter. Le contact avec le métal le glaçait jusqu’à l’os et la corde irritait sa peau. Gyen arracha l’anneau au cou de l’homme sale et le projeta au sol. Gyen avait été beaucoup de choses dans sa vie, mais quoi qu’il eut été, il avait toujours eu un sens particulier de la justice. Et cette fois, il se trouvait qu’il était de plus très rancunier. Il condamna l’homme sale à devoir porter le poids de sa culpabilité autour du cou pour l’éternité. Il le condamna également à garder le sommet de la tour, tant que celle-ci tiendrait debout, afin que plus jamais une personne n’eut à en tomber. 

Gyen retourna auprès de James et lui passa l’anneau autour de son doigt sans vie. Lentement, il leva les yeux vers le sommet de la tour. Sur les hauts créneaux, il n’y avait plus personne. Il était seul dans l’enceinte de ce château en ruine. Le cycle était brisé. Le spectre était apaisé. Plus jamais l’homme n’aurait à tomber de la tour. Au matin, on trouverait James allongé là. Que penserait Elisa alors ? Gyen se sentait incroyablement vide et impuissant. Il avait froid pour la première fois de cette nuit humide. Les phares aveuglants d’une voiture le sortir de sa torpeur. Une cadillac rouge décapotable arriva à son niveau.

  • Hello Mec, lui lança la jeune femme au volant.

  • Salut, lança le jeune homme sur le siège passager.

  • Drôle d’idée de rouler en décapotable par ce temps, répondit simplement Gyen.

  • Ha ha, qu’est-ce que tu racontes ! Y a pas meilleur temps pour prendre ça. On profite du soleil.

Gyen regarda autour de lui. Il n’y avait plus aucun signe de la tempête. L’air du matin était doux et chaud, idéal pour un road trip. 

  • On t’embarque, demanda la jeune femme, on est parti pour descendre jusqu’à Tolède.

  • Pourquoi pas, déclara Gyen en sautant à l’arrière de la décapotable. 

Dans la tempête, un mardi – partie 2

Difficile de maintenir l’illusion qu’on vol,

lorsqu’on ne fait que se rapprocher du sol.

Illustre_A06_Site

Chapitre 2 : Le mec de la tour tombée

Son métabolisme accéléra d’un coup. Le temps sembla se dilater autour de lui et sa conscience s’étendre jusqu’au sommet de la tour. La pluie, alors battante, sembla être devenue un amas de gouttes en suspension. Son objectif était clair dans son esprit. Il devait atteindre l’homme au sommet de la tour avant que ce dernier n’est franchi le dernier pas qui le séparait du sol. Gyen se précipita à travers la grande entrée percée dans le rempart d’enceinte. Il déboula dans la cour et cherchant des yeux la porte pour pénétrer dans la tour, le coin de son œil capta un détail improbable. Mais il ne laissa pas le temps à son cerveau de traiter l’information. Il était pressé, en état d’urgence absolu. Il manqua de peu de s’éclater l’épaule en se fracassant contre la porte de bois pour l’ouvrir. Puis gravit les volées de marches qui le séparaient encore du sommet. Il se rappa contre les mur de granite sombre à chaque tournant serré du colimaçon toujours plus étroit.

Enfin il arriva sur la coursive. Il décida de ralentir son allure. L’homme était toujours perché sur son créneau. Il s’agissait maintenant de se débarrasser de toute précipitation. On ne sait jamais ce qui pourrait précipiter les actions d’un homme qui a fait le choix de se mettre face au vide par une nuit de tempête. Alors qu’il approchait avec une agile discrétion digne d’un félin, il passa en revu dans son esprit un panel de phrases d’accroches. Fallait-il utiliser un ton grave, sérieux, compatissant, compréhensif ou bien de l’humour décalé peut-être. Comment savoir, il ne le connaissait même pas au final. Mais évidement le problème n’était pas là. Gyen rencontrait tout le temps des gens qu’il ne connaissait pas, dans des situations souvent délicates et ne s’était jamais retrouvé à court de choses à dire. Sauf une fois peut-être, oui, en Chine. En même temps, il faut admettre qu’on peut parfois avoir du mal à trouver ses mots face à des soldats de terre cuite. Mais là encore, le moment n’était pas propice à ressasser le passé. D’autant que la course poursuite avec le gang des moignons qui avait suivit la première altercation ce jour-là était loin de compter parmi ses souvenirs agréables. Mais qu’importe maintenant, il se trouvait tout proche de l’homme perché et il était grand temps de le détourner de l’appel du vide hérité de ses lointains ancêtres les grands singes.

  • Plus jeune, j’adorais monter ici et laisser mes yeux se perdre vers l’horizon infini, déclara l’homme soudainement. Je guettais le passage des navires faisant de la pêche ou bien le transit entre les plates-formes pétrolières et le port d’Aberdeen. De tout petits points mobiles, comparables à des insectes, qui se mouvaient lentement à travers les embruns et les brumes marines.

Gyen grimpa sur un créneau à côté de l’homme et s’assit à côté de lui. Il croisa ses jambes en tailleur pour bien marquer le fait qu’il ne comptait pas s’approcher davantage.

  • Comme toute chose dans la vie, j’ai fini par m’en lasser. Enfant, ce n’était pas seulement ma fascination pour le monde marin qui me poussait à grimper ici et veiller l’horizon avec une fièvre anxieuse. Mon père travaillait sur une des grandes plates-formes pétrolières. Et moi, depuis la terre, j’attendais son retour. Il faisait trois mois de rotation. Trois mois à terre, trois mois en mer. Trois mois en sa compagnie, trois mois à l’attendre. Puis un jour, le bateau est revenu sans lui. Je me suis mis à venir tous les jours. Je guettais à travers la houle priant pour un retour inespéré. Mais il n’est jamais revenu. Je venais tous les jours. Et puis, une fois je n’ai pas pu venir et encore une autre. Une semaine avait passé avant que je revienne, puis un mois et des années. Petit à petit j’étais passé à autre chose et j’ai laissé le temps passer.

Gyen restait assit, relativement impassible. Il n’avait rien à répondre à cette histoire. Il préféra donc laisser l’homme continuer.

  • C’est un peu marrant dans le fond. De se retrouver là. J’ai marché sans réfléchir. C’est un peu comme si mon corps m’avait simplement amené ici. Mon père n’est pas mort ici, ne m’a jamais conduit ici de son vivant. Je ne partage aucun souvenir de ce lieu avec lui. Pourtant quand je pense à lui, je visualise cette tour. Un peu comme si elle nous connectait lui et moi.

L’homme s’interrompit. Les bruits de la pluie et du fracas des vagues contre les rochers devinrent les seuls sons audibles. L’homme se tourna vers Gyen et lui sourit.

  • C’est marrant. Je ne sais même pas pourquoi je te raconte tout ça.

  • Je suis un mec avenant, répondit simplement Gyen.

  • C’est vrai. Tu me sembles profondément sympathique… Non, ce n’est pas le mot. Je ne crois pas que tu sois un mec sympathique. Tu me sembles  plus nuancé que ça. Tu comprends ce que je veux dire.

  • Oui, on me l’a déjà dit. Ma plus grande qualité dans le fond est d’être le mec qui est là.

  • C’est ça. Tout à fait. Ça n’a pas l’air de grand chose, mais ça compte. Être là. C’est une qualité et un défaut en fait.

  • C’est souvent un tas d’emmerdement aussi. Mais qu’est-ce que tu veux, j’ai rarement autre chose à faire.

  • Allons, allons. Pas de fausse modestie. 

L’homme se désintéressa de Gyen pour se préoccuper soudain de quelque chose qu’il semblait avoir perdu. Il palpa ses poches de manteau et de pantalon. Il n’avait pas de poche secrète à fouiller, sinon il l’aurait fait. Son visage afficha une évidente inquiétude. Il fixa les mains de Gyen et regarda les siennes.

  • Tu ne portes pas de bague ?

  • Non, répondit Gyen.

  • Merde. Tu sais quoi. Je crois que j’ai perdu la mienne. Tu ne l’as pas vu en montant ici ? Si ça se trouve je l’ai fait tomber en bas.

Et ainsi, il sa pencha au dessus du vide. Cette action eu pour effet de faire bondir Gyen sur ses appuis et d’approcher de l’homme. Ce dernier fit un mouvement de la main pour le chasser tel une mouche. 

  • Ah ah, allons qu’est-ce que tu fais ? Tu crois que c’est le moment où je vais sauter c’est ça. Ah ah. Allez, assieds toi. C’est bon. Je cherche juste ma bague. Tu es sûr de ne pas l’avoir vu ? Elle est en or et à l’intérieur on y trouve mes initiales et celles de ma femme ainsi que notre date de mariage.

Gyen eu un instant d’arrêt. Il n’avait pas vu la bague dans les escaliers. Non ça, il en était sûr. Il ne pouvait pas avoir vu la bague dehors non plus. Allons, c’était tout bonnement impossible. Avec la pluie battante, les herbes hautes brassées par le vent tandis qu’il courait. Mais il avait vu quelque chose. Alors qu’il s’élançait vers la tour et que son esprit était focalisé sur le sommet. En périphérie de sa vision… Dans l’herbe. Il avait vu…

  • Tu vois, lui dit l’homme. C’est exactement ce que je te disais. Être là, c’est une peu une qualité et un défaut. C’est être en permanence sur le fil du rasoir. Je me souviens ce que j’ai fait de ma bague maintenant.

  • Où l’as tu perdue.

  • Oh non, non. Je ne l’ai pas perdue. Elle est là en bas, je l’ai laissé tomber.

  • Ah oui ?

  • Hum, je vais aller la chercher. J’aime pas ne pas l’avoir sur moi. Je me sens incomplet.

  • Je comprends, répondit Gyen d’un ton grave.

  • C’est une qualité et défaut. Être là à temps, ça, c’est une qualité.

Sur ce, l’homme tandis la jambe en avant et fit le dernier pas qui le séparait du vide. Gyen ne l’empêcha pas. Il ne leva pas le petit doigt, car il se souvenait enfin de ce qu’il avait vu dans l’herbe. Il avait vu l’homme. Il était arrivé bien trop tard pour empêcher l’homme de tomber de la tour. Il contempla le corps inanimé dans la cour tout en bas et alors qu’il se demandait quel rôle il devait jouer dans cette histoire, la porte des escaliers s’ouvrit. L’homme venait d’arriver au sommet de la tour.