La rupture du quotidien

Zozo et moi discutons de tout, tout le temps. C’est un fait. Depuis que nous sommes ensemble nous avons toujours eu des choses à nous dire. Parmis ces innombrables discussions, l’une d’elles a été pour nous particulièrement marquante.

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Le voyage avait commencé depuis tout juste une semaine. Nous étions depuis ce temps à New York, à profiter de la ville et de ses charmes. Nous logions sur la période dans une toute petite chambre très sale et sans fenêtre dans un youth hostel de Chinatown. La pièce faisait à peine plus de la taille du lit, que nous devions escalader avec nos sacs pour pouvoir fermer la porte. Nous avions déjà joué les touristes aux quatre coins de Manhattan, Brooklyn et du Queens et pris l’habitude de marcher une bonne vingtaine de kilomètres par jour au gré de nos balades.

Bref, c’était le matin et nous arrivions aux abords de Washington Square. Nous venions de faire un ravitaillement dans l’épicerie du Space Market – où ils vendent d’excellents bagels – et avions décidé de prendre notre petit-déjeuner sur un banc, au soleil. Le temps, en cette fin de mois de septembre, était absolument radieux. Autour de nous les gens s’affairaient à leurs petites activités. Tandis que certains faisaient leur tai chi, d’autres jouaient de la musique à différents coins. Près de l’arche un mec à l’allure groovy faisait des bulles de savon géantes, tandis que quelques jeunes faisaient des tricks en skate autour de la fontaine. Nous étions posés là, Zozo et moi, et alors que nous sirotions nos cafés nous fûmes frappé d’une étrange réalité.

Nous n’avions rien à faire !

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Je pondère tout de suite le propos. Nous n’avions rien que nous soyons obligés de faire. Dans ma vie, j’étais passé du monde des études à celui du travail sans la moindre transition. J’avais toujours eu des horaires, des choses à faire et des comptes à rendre, des gens qui dépendaient de mon travail, bref, des obligations bien spécifiques qui animaient et rythmaient chacune de mes journées et semaines. Des automatismes de vie bien ancrés en moi. Quand on vit dans la société, on dépend de son rythme. Des heures faites pour le travail, des temps fait pour les loisirs. Des jours où on doit se lever tôt et de ceux où on peut dormir. Ce matin-là, un peu comme frappé par un électrochoc, nous réalisions que personne ne nous attendait, que personne ne dépendait de nous, que nous n’avions pas besoin d’aller dans un endroit spécifique plutôt qu’un autre. Bref, nous étions libres de nos vies et de nos mouvements. On l’avait voulu, voilà, on l’avait.

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Je vais être parfaitement honnête. Ça nous a fait grave flipper. Nous avons passé plus d’une heure à se demander si nous devions reproduire un ersatz de rythme pour notre voyage. Définir des heures pour se lever le matin, planifier des jours de repos, organiser les choses et les compartimenter. Après tout, nous n’étions pas sur une mécanique de vacances, mais de voyage d’exploration et d’inspiration artistique et humaine à travers le monde et sur une année complète. On voulait voir, découvrir et changer en vivant cette expérience. Spoiler Alert : Je vous rassure tout de suite, ça a été le cas. Toujours est-il qu’à ce moment la rupture entre notre ancien quotidien et le nouveau n’était pas encore vraiment consommée et nous étions en cet instant en train d’en définir les termes. Opposer ce que nous faisions à ce que nous allions maintenant faire.

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Ce n’est pas si simple. Pour être honnête, je pense qu’il nous aura fallu près d’un mois pour vraiment trouver notre nouveau anti-rythme de vie. Pour accepter l’idée que chaque jour aurait son lot d’imprévu et ne ressemblerait peut-être en rien à celui de la veille. Après notre semaine à New York, nous avons pris l’habitude de bouger de ville en ville et de changer de lieu tous les trois ou quatre jours. Dans ce laps de temps, vous pouvez visiter et découvrir, mais jamais prendre vos marques ou réellement vous reposer. Vous ne pouvez par créer de routine, ni d’habitude. Pour des raisons d’envies et de budget, nous avons choisi de faire ce voyage au travers des États-Unis en dormant chez des gens – que nous rencontrions directement ou via Couchsurfing – nous partagions leur vie et bouleversions leur quotidien le temps de notre court séjour chez eux. Comme nous avons fait du stop à des moments ou encore que nous nous sommes retrouvés dans des endroits si reculés que nous avons dû dormir sous des abris bus ou dans des gares en attendant de prendre des transports à des horaires variés, l’idée d’un rythme d’horaire quotidien a vite été abandonnée. Nous avons appris à accepter l’imprévu et l’inattendu, et en avons fait notre nouvelle norme.

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Mais revenons à notre situation initiale à Washington Square. Il est onze heures du matin lorsque nous mettons en pause cette discussion que nous reprendrions plusieurs fois pendant le mois suivant. Notre petit-déjeuner est fini depuis longtemps. Personne ne nous attend, personne ne nous connaît, nous n’avons aucune bonne raison de choisir d’aller à un endroit plutôt qu’à un autre. On sait en cet instant que nous sommes le plus libre que nous pourrons l’être dans nos vies et nous n’avons plus qu’à en profiter.

On commence à suivre notre nouvelle résolution : On regarde autour de nous. On ouvre notre esprit à toutes les possibilités. On suit notre inspiration et on voit où cela nous mène. On vit notre aventure.

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2 réflexions sur “La rupture du quotidien

  1. Je pense que cet article parlera à bon nombre de ceux qui ont, comme vous, fait un grand voyage. Et même pour moi qui n’ai pas fait le tour du monde, cette réflexion trouve un écho. Captivant à lire !

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